[Publication pour La Santé de l'Abeille N°219 (Mai-juin 2007)]

APISTAN - LA JUSTE ROTATION

PROTEGER LES MEDICAMENTS EXISTANTS


apistan Le nombre de médicaments actuellement disponibles contre le varroa est limité (Apistan (1989), Apivar (1995) et Apiguard (2001)). Depuis le milieu des années 1990, une résistance du varroa au fluvalinate, venue d'Italie, s'est développée en France. Depuis cette période, les apiculteurs français se sont orientés vers un contrôle à base d'amitraze.
Toutefois, depuis cette époque des résistances à d'autres principes actifs, utilisés légalement ou non, sont apparus en Europe, pyréthrinoïdes (fluvalinate, fluméthrine et acrinathrine) un peu partout en Europe, amitraze (Italie, Espagne et certains pays de l'est), coumaphos (Italie et probablement en France) … Les traitements à base de thymol, l'Apiguard, ne peuvent pas toujours être employé en raison des températures nécessaires à son efficacité.

L'Apistan a été considéré, à tort, comme un moyen de lutte dépassé pour le varroa. Alors que le seul moyen de maintenir en vie les différents principes actifs efficaces est d'effectuer une politique de rotation concertée pour chaque région. Actuellement, de nombreux départements français utilisent l'amitraze pour le contrôle de la varroase depuis près de 10 ans.

Toutefois, il y a des bons et des mauvais choix dans les rythmes de rotation. Je présente ici nos connaissances concernant l'Apistan.

LA DIMINUTION NATURELLE DE LA RESISTANCE

Des études ont mis en évidence, qu'en absence d'utilisation d'Apistan, la proportion de varroas résistants tend à diminuer naturellement au cours du temps. Le pourcentage de résistance d'une population diminue environ de moitié chaque année. Cette tendance a été vérifiée dans un rucher expérimental isolé et au niveau d'une région italienne (6 ruchers de production analysés pendant 4 années) par des expérimentations scientifiques (1), les résultats sont résumés ci-dessous.

diminution naturelle de la résistance

CAMPAGNE DE DETECTION EN FRANCE

En 2004, 2005 et en 2006, VITA-SWARM a réalisé en collaboration avec plusieurs GDSA une mesure du niveau de la résistance du varroa au fluvalinate. Des échantillons de varroas ont été prélevés dans plusieurs régions de France et envoyés à l'INRA du Magneraud en Charente Maritime (2004) et au CNRS de Gif-sur-Yvette (2005 et 2006). Près de 100 échantillons provenant de 24 départements différents ont été analysés. La méthode de laboratoire utilisée était la même que celle employée dans les années 1990.

Je tiens ici à remercier de nouveau les personnes qui ont donné, de leur temps, de leur énergie et de leurs ressources, pour mener à bien ce projet.

Les résultats obtenus sont présentés sur la carte ci-dessous sous la forme d'efficacité théorique de l'Apistan. Lorsque le symbole est bleu, l'efficacité est satisfaisante, si le symbole est blanc, l'efficacité est insuffisante.

test labo cnrs gif-sur-yvette

LES BONS RYTHMES DE LA ROTATION

A partir de la connaissance de la situation du département, il est nécessaire de construire une stratégie sur plusieurs années. Si la résistance au fluvalinate a très fortement diminuée, elle est toujours latente et va être de nouveau sélectionnée par l'utilisation de l'Apistan. Quel est donc le rythme de rotation à utiliser pour Apistan.

Une série d'essais réalisés pendant plusieurs années sur plusieurs ruchers d'une région nous donnent de bonnes indications sur ce qu'il faut ou ne pas faire.

Au cours de l'année 1, une série de tests a permis de suivre l'efficacité de l'Apistan dans 8 ruchers du Frioul. Lorsque l'Apistan est de nouveau utilisé l'année suivante, l'efficacité décroît à 91%. Une valeur encore acceptable mais pas optimum. La troisième année où l'Apistan est utilisé, l'efficacité chute fortement à 76%. Il ne faut donc jamais utiliser l'Apistan plus de 2 ans de suite. Un an étant meilleur.


Ayant utilisé l'Apistan l'année 1, après deux ans de rotation, l'efficacité est de 92% et de 98% pour trois ans de rotation. Le rythme idéal est donc de un traitement Apistan tous les 3 ou 4 ans. La rotation peut être effectuée avec tout médicament dont le principe actif n'est pas un pyréthrinoïde.

CONCLUSION

La durée durant laquelle l'Apistan a été arrêté donne une bonne indication du potentiel de l'Apistan. La résistance est très faible et permet d'envisager dès aujourd'hui d'utiliser de nouveau l'Apistan avec succès.

En terme général, il est encore trop tôt selon les données de 2006 pour utiliser l'Apistan en France du nord.

Pour le reste de la France, la situation est plus variable, il est trop tôt en absence d'étude précise pour envisager un retour de l'Apistan. Toutefois, nous savons que dans un avenir proche, l'Apistan sera utilisable de nouveau. De nouvelles campagnes de détection devraient permettre d'informer les GDSA sur la situation locale vis-à-vis de la résistance (voir encadré).

Ces résultats montrent l'intérêt que peut avoir l'alternance des produits de traitement et qu'Apistan est une arme à part entière à la politique de rotation par ailleurs pratiquée avec succès dans plusieurs départements français, en Espagne et en Italie. (1) N. Milani & G. Della Vedova - Apidologie -
33 (2002) 417-422

Giorgio Della Vedova1, Moreno Greatti1, Pier Antonio Belletti1 et Jérôme Trouiller2
1 Laboratoire Apicole Régional de l'université d'Udine (Italie)
2 VITA-SWARM - 2 côte de la Jonchère - 78380 Bougival



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